Edito 2016/2017

Lors de cette 35e saison, nous vous posons une question : pourquoi la musique classique est-elle immortelle ? Parce qu’elle est – souvent – sublime, nous direz-vous. Certes. Mais pas seulement. Une oeuvre lyrique parvient à témoigner de son temps tout en se projetant dans un autre. Elle se fait le reflet de nos vies et de nos sociétés, opérant parfois un jeu de miroir troublant. Pour preuve l’ébouriffant Orlando furioso de Vivaldi, dans lequel les personnages masculins sont interprétés par des femmes et viceversa… Cette oeuvre datant du début du XVIIIe siècle résonne ainsi (furieusement) avec nos débats sur la notion de genre, la parité ou le sexisme. De son côté, le facétieux Rossini que l’on retrouve avec bonheur, nous régale avec une de ses premières farsa comica. Il invite à réfléchir, lui aussi. Dans La Cambiale di matrimonio, le génie italien se joue de pauvres hères empêtrés dans une affaire de mariage arrangé, où un père veut céder sa fille contre de l’argent. Une pratique courante en son temps, mais qui nous rappelle, hélas, que nous n’en avons pas exactement terminé avec la marchandisation du corps de la femme, ne serait-ce qu’à travers la publicité… Et que dire, alors, du Voyage dans l’Empire mongol ? Cette création qui mêle théâtre, musique et philosophie s’inspire du périple entrepris au xiiie siècle par le franciscain Guillaume de Rubrouck. Un homme
serti de préjugés qui apprend la tolérance en découvrant une terre où les cultures et les religions cohabitent en harmonie. évidemment, ce récit (véridique) renvoie à notre actualité… En adaptant ce texte, le compositeur François-Bernard Mâche emprunte le chemin inverse : il immortalise un épisode historique oublié à l’aide de sa musique.
De LA musique. À nous de l’écouter.